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L’ÉGLISE SAINT PIERRE DU FAVRIL HUIT SIÈCLES D’HISTOIRE

Extrait :
 

Située aux confins du Perche, près des forêts de Montécot et de La Plesse qui en marquent la limite, l’église est proche de l’Eure, qui coule à ses pieds. Mais elle se trouve surtout à proximité de deux antiques voies romaines.

Comme en attestent quelques vestiges archéologiques découverts sur ce tronçon, entre Chuisnes et Pontgouin, la première de ces voies longeait la rive droite de l’Eure, pour mener de Chartres à Bayeux(1). Mais surtout, cette route débouchait près de Courville sur un second axe, encore plus important, reliant Chartres au Mans. Aux premiers temps du christianisme, les voyageurs jalonnaient souvent le bord de ces chemins d’anciennes croix ou de modestes oratoires, qui plus tard donnèrent naissance aux premières églises rurales. Ce fut peut-être le cas ici. Mais on n’en aura jamais la certitude. De même, on ignore la date exacte de son édification.

Seul un registre du diocèse de Chartres, dressé en 1250, nous renseigne. En effet, il mentionne déjà à cette date l’existence au Favril (Faverilium) d'une église paroissiale dédiée à Saint-Pierre. À la fin du XIIe ou au plus tard au début du XIIIe, elle faisait donc déjà partie de ce «manteau d'églises» qui recouvrait notre terroir, à l'époque des premières Croisades.

Cet édifice primitif était certainement modeste. Car selon ce même registre, la paroisse, qui dépendait du diocèse de Chartres, comptait seulement un curé et 56 paroissiens.

 

À quoi ressemblait cette première église ?

 

Faute de document écrit, on en est réduit aux suppositions. Néanmoins, on pense qu’elle se limitait à l’actuelle nef, soit un rectangle d’environ 8 mètres de large sur 15 mètres de long. Cette nef était sans doute fermée, au niveau actuel de la chaire et du banc-d’oeuvre, par une abside abritant l’autel(2). Il n’y avait ni sacristie, ni l’avant-corps qui sert actuellement de tambour d’accès et que l’on nomme souvent «caquetoir» dans le langage de la région. On pénétrait donc directement en franchissant le portail cintré, en pierre de grisons, qui se trouve aujourd’hui à l’intérieur de ce premier vestibule. Il existait également une sortie latérale dont on aperçoit le vestige à l’emplacement des fonts baptismaux. Cette issue, dite «des morts», desservait directement le cimetière.

Enfin un plan d’architecte établi en 1852, avant l’élargissement de baies et la mise en place des vitraux actuels, nous apprend que la nef était seulement éclairée par «des croisées de forme plein cintre de 0 m 70 de largeur sur 1 m 45 de hauteur. Toutes ces croisées sont en verre ordinaire»(3).

 

À l’issue des Guerres de religion, lorsque la paix et la prospérité reviennent dans le Perche, l’édifice connaît une première campagne de travaux destinés à l’agrandir.

Au plus tard en 1586, elle est dotée d’un choeur, plus large et plus haut que la nef, qui donne au bâtiment sa silhouette étagée, très caractéristique(4). Ce choeur se termine alors par une abside à trois pans où est installé le nouveau maître-autel. Une nouvelle porte (aujourd’hui bouchée) est ménagée à gauche du choeur, près de l’actuel confessionnal. Enfin, le choeur et l’abside sont éclairés par deux (ou trois ?) nouvelles baies de forme ogivale, plus grandes que celles que l’on voit actuellement, puisqu’elles mesuraient deux mètres de large sur quatre mètres de hauteur. Comme le prouvent deux inscriptions gravées sur les entraits, une nouvelle charpente et sans doute la voûte lambrissée sont alors posées pour recouvrir et unir cet ensemble agrandi(5).



(2). A noter que ce portail est actuellement agrémenté d’une belle porte en chêne du XVIIe s, qui doit être un réemploi dans la mesure où elle ne s’intègre pas exactement à l’encadrement

(3). Relevé d’agent-voyer établi le 4 août 1852. Archives départementales d’Eure-et-Loir.

(4). A comparer notamment avec l’église de Friaize, qui lui ressemble comme une soeur jumelle.

(5). Selon Lefèvre, celle-ci porterait une inscription postérieure « Rauberd à Putel. M. Paris, curé 1771 ». Mais cette marque n’a jamais été retrouvée.